Jenn Ayache, meneuse et chanteuse du groupe Superbus, se libère dans ce premier album solo +001. L’expĂ©rimentation et la volontĂ© de sortie d’une zone de confort musical est palpable Ă  l’Ă©coute de ce disque. Elle tombe amoureuse des synthĂ©tiseurs et leurs nappes qui s’immiscent dans toutes les chansons. Le dubstep et la dĂ©clamation sont initiĂ©s. Si tout n’est pas une rĂ©ussite, Ayache prĂ©sente un disque qui se tient.

L’amour est le thème central de +001. Jenn prĂ©sente cet amour fantasmĂ© (L’amĂ©ricain, On s’connait pas), celui passĂ© (Tous les Ă©tages et Just in Time), celui en cours (Acide, Weather Operator) et celui dissimulĂ© (Just In Time et Diabolo Menthe). Le voyage et l’Ă©vasion sont Ă©galement abordĂ©s au travers de l’AmĂ©rique et du Royaume-Uni (L’amĂ©ricain et J’ai voyagĂ©), un exotisme très anglo-saxon. La volontĂ© de se protĂ©ger du monde extĂ©rieur est très prĂ©sente notamment avec la construction d’un mur (Forteresse), ne pas parler aux inconnus (On s’connait pas) et aux hommes prĂ©dateurs et primaires (Animal). La chanteuse peut Ă©galement avoir une humeur changeante (Elle a balancĂ©, Drama).

Chanson par chanson

+L’amĂ©ricain
Premier single solo, l’amĂ©ricain amorce cet album et semble ĂŞtre une transition entre Superbus et sa carrière solo. Jenn Ayache dĂ©voile son amour (« Tu fais battre mon cĹ“ur ») pour cet amĂ©ricain fantasmĂ© et son pays (James Dean, Marylin MonroĂ«, Springteen, Hollywood, Malibu, Sunset Boulevard, la Cadillac, les Wayfarer).

+Acide

Par l’amour (« Quelqu’un me sert, quelqu’un me sert dans ces bras ») ou l’ivresse (« Quelqu’un me sert, quelqu’un me sert un verre »), Jenn Ayache veut avoir chaud au cĹ“ur. Voix mutine et musique Ă©lectronique, un cocktail dĂ©tonnant est servi. Difficile d’approche, la chanson est addictive après de nombreuses Ă©coutes.

+Forteresse
Jenn Ayache attaque ce morceau avec une voix mutine. Cette fragilitĂ© est contrastĂ© par la puissance de la musique. On pourrait voir cette douceur comme reprĂ©sentant sa peur et la musique comme le rempart. « On me menace, on me casse », rĂ©pète-t-elle. Et affirme finalement sur un son aux influences dubstep : « Il y a plus personne qui me blesse, j’ai construit une forteresse autour de moi »

+Tous les Ă©tages
Acoustique au dĂ©but, les percussions prennent de la force lorsque s’Ă©grainent les secondes. Les synthĂ©tiseurs nappent le tout. C’est dur Ă  vivre que de mettre quelqu’un sur un piĂ©destal, «quelqu’un plus haut, que tous les Ă©tages ». « Tu Ă©tais mon empire, (…) mes collines, mes colonnes, mon ColisĂ©um », affirme-t-elle lucide cette ancienne relation.

+J’ai voyagĂ©
Le jeune rappeur Tito Prince participe Ă  la chanson. Son rap est ce que l’on pourrait appeler « good-feeling » dans le sens oĂą il faut savoir abandonner son confort pour se lancer dans la vie. C’est-Ă -dire prendre en main sa vie. Pour certains, cela se passe par le voyage. Dans la chanson, Ayache pense Ă  son groupe, Superbus.

+Just in Time
Paroles dĂ©clamĂ©es, Jenn Ayache s’imagine en fille qui s’est fait larguer par son mec pour un autre mec. « Je ne me sens plus vraiment la mĂŞme ». Une voix grave rappelle en anglais que cette demoiselle s’en est rendue compte « just in time » («Juste Ă  temps »). L’introduction a quelque chose de très annĂ©es 1980. Cela fait penser Ă  Just Can’t Get Enough de Depeche Mode.

+On s’connait pas
Distorsions de musique, les rencontres sur internet sont houleuses. « J’ai dĂ©connectĂ© parce qu’on se connait pas ». Avant de finalement vouloir : «J’aimerais bien te connaĂ®tre ». La chanson explore l’ambivalence des rencontres sur internet. Je veux, je veux pas…

+Elle a balancé
Ce titre est très spĂ©cial avec ces mĂ©langes de rap, de hip-hop et d’influences indiennes. La façon dont elle dĂ©clame fait penser Ă  Gwen Stefani. « Elle a balancĂ©, elle a balancĂ© la nympho / Elle a balance, elle a balancĂ© l’info », rĂ©pète-t-elle Ă  l’envie. A l’instar de Just in Time, la voix grave est Ă  nouveau prĂ©sente. Elle dĂ©nonce dans la chanson, les femmes qui misent tout sur leur physique, la vulgaritĂ© (« rallonge un peu ta jupe, tu feras moins vulgaire ») et leur futilitĂ© « Elle a tellement la tĂŞte vide qu’on voit Ă  travers, (…) en attendant qu’elle se vide je vers prendre l’air »). Ayache explique qu’au final, il s’agit du pourquoi elle attire l’attention (« Personne s’intĂ©resse Ă  tes infos futiles, mais Ă  tes jolies fesses »).

+Weather Operator
Le titre rĂ©solument Ă©lectro prĂ©sente des sons que l’on pourrait qualifier de tribal. Comme le titre l’indique (OpĂ©rateur mĂ©tĂ©o, en français), le champ lexical de la mĂ©tĂ©orologie fait flores. Ce dernier permet d’illustrer les sentiments amoureux (« Il fait si chaud quand tu es lĂ , ma mĂ©tĂ©o ne change pas »). La voix est Ă  nouveau prĂ©sente… troisième fois !

+Drama
Voix modifiĂ©e, de l’electro et dubstep avec des distorsions, Drama est rĂ©solument un concentrĂ© des prĂ©cĂ©dentes chansons. Comme si la chanteuse Ă©tait allĂ©e au bout de son expĂ©rimentation. C’est l’occasion pour Jenn Ayache de faire dĂ©couvrir son cĂ´tĂ© « diva ». « J’ai l’art et la manière de faire des drama, pour rien mais ça me va », explique-t-elle.

+Animal
« Qu’est-ce-que tu m’as demandĂ©, j’ai pas compris la question. Si je pouvais m’ĂŞtre ma main oĂą ? Dans ton pantalon… Mais qu’est-ce-que tu vas inventer, j’en ai pas l’intention. Tu pourrais me parler un peu, tu sors pas de prison. Je reste zen, je reste sereine, je m’en fout de ta peine… » Dans la chanson, elle dĂ©nonce les « animaux », ces hommes au comportement irrespectueux envers les femmes. Mat Bastard, du groupe Skip thĂ© Use, interprète cet homme. En anglais, il chante grosso modo qu’elle est frigide. «Est-ce un homme? Est-ce un monstre ? Est-ce une bĂŞte ?»

+Diabolo Menthe
C’est le moment Ă©motion de l’album. Cette jeune Anne, une lycĂ©enne qui se dissimule son orientation sexuelle (« Il faut que tu bluffes, que tu mentes autour du diabolo menthe, quand tu racontes les nuits du dernier Ă©tĂ©, et les tous premiers amours, que tu n’as eu qu’en rĂŞvant » et « Des mots d’amours et de tendresse, des mots de femmes, que tu caches et qu’on condamne »). Si dans la chanson l’Ă©motion est bien au rendez-vous, de sĂ©rieux doutes se font sentir sur la voix de Jenn Ayache. Un semble de fausse note se fait sentir dès le dĂ©but. Est-ce-que cela Ă©tait voulu ? La chanson est une reprise d’Yves Simons. Elle faisait partie de la B.O. de Diabolo Menthe sorti en 1977 et rĂ©alisĂ© par Diane Kurys.

Il s’agit assurĂ©ment d’un essai longuement muri dans la tĂŞte et en studio pour la chanteuse. Une première chanson diffusĂ© en dĂ©but d’annĂ©e Si j’essaye n’a pas Ă©tĂ© retenu sur l’album. Pourtant, le morceau permet d’expliquer ce que la chanteuse a voulu faire sur cet album. Une expĂ©rimentation. A vos blouses, direction le laboratoire !

Photo promotion Jenn Ayache.

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b et la variété française et internationale.