Jean-Yves Ducornet, alias Jeeve, est le producteur de « On danse », le dernier single de M. Pokora. Ce Franco-AmĂ©ricain, qui vit aux États-Unis depuis près de 20 ans, signe avec ce titre son premier single en collaboration avec un Français. Pour Aritmuzik, il a acceptĂ© de lever le voile sur les prochains projets de M. Pokora et Britney Spears pour lesquels il travaille. Il aborde Ă©galement sa signature avec l’agent artistique Scotter Braun (Justin Bieber, Ariana Grande) et ses relations avec le producteur de Bruno Mars, Philip Lawrence.

Aritmuzik –  Peux-tu retracer ton parcours ?

Jeeve :  Je suis franco-amĂ©ricain. Je suis nĂ© dans l’Ă©tat de New-York mais  mon père est Français. J’ai suivi en grande partie mes Ă©tudes en France. J’ai intĂ©grĂ© le Studio des VariĂ©tĂ©s Ă  Paris puis le Berklee College of Music Ă  Boston. J’ai emmĂ©nagĂ© Ă  Los Angeles en 1992. A l’Ă©poque, je ne connaissais personnes. Pendant près de quatre ans,  j’ai fait des boulots Ă  gauche et Ă  droite, principalement de la figuration dans pleins de films ce qui m’a permis de rencontrer pleins de gens. J’ai rencontrĂ© tous mes clients pour la musique sur les plateaux de cinĂ©ma pendant que l’on Ă©tait tous en train d’attendre entre les scènes. Au bout d’un moment, j’en avais suffisamment pour vivre uniquement de la musique. Un de mes clients a eu un deal avec Atlantic Records. C’est Ă  partir de lĂ  que tout a dĂ©marrĂ©. J’ai bossĂ© Ă  mes dĂ©buts sur une chanson avec Tupac (« On Day At Time », NDLR). Il s’est fait tuer un mois après. Il avait fait un couplet et le refrain et devait revenir…La chanson est sortie sur l’album Tupac Resurrection. J’ai composĂ© une chanson (« Hoy Es Adios », NDLR) sur le deuxième gros album de Santana (Shaman, NDLR) qui s’est Ă©coulĂ© Ă  5 millions d’exemplaires.

Dans ton parcours on note que tu as été nommé aux Grammy Awards.

Oui, une fois il y a Ă  peu près dix ans pour un projet aux sonoritĂ©s latino. RĂ©cemment, j’ai eu un Latin Grammy Awards avec Beto Cuevas qui est originaire d’AmĂ©rique du Sud. Il fait parti du groupe La Ley. J’avais rĂ©alisĂ© le single de son album solo (« Quiero Creer » featuring Flo Rida extrait de Transformacion, NDLR) qui est sorti il y a un an et demi. Le projet Ă©tait sympa. J’ai appris que j’avais obtenu un Latin Grammy Awards pour cette collaboration un mois après la cĂ©rĂ©monie. Je n’Ă©tais mĂŞme pas au courant qu’il Ă©tait nommĂ©. C’est Beto qui m’a appelé pour me le dire. A partir de lĂ , je ne sais pas pourquoi, mais il est vrai que j’ai bossĂ© avec beaucoup d’artistes latinos.

Que s’est-il passĂ© après ?

A partir du dĂ©but des annĂ©es 2000, l’industrie de la musique, surtout aux États-Unis, a dĂ©clinĂ© Ă  cause du piratage. Pendant dix ans c’Ă©tait très difficile mais depuis peu ça redĂ©marre. C’est incroyable car les modèles Ă©conomiques sur Internet commencent Ă  fonctionner. Pendant sept ou huit ans j’ai fait des sessions payĂ©es Ă  l’heure. Ce n’Ă©tait pas des gros projets.

Tu es signé ?

Je viens de signer avec Scooter Braun le manager de Justin Bieber et avec Philip Lawrence le partenaire de scène de Bruno Mars. Quand Philip Lawrence a appris que Scooter devenait mon manager et me signait Ă  Universal en mĂŞme temps. Il m’a dit : « attends, attends ! C’est moi qui devait te signer ! ». J’ai eu la chance que tous les deux avaient un deal d’administration avec Universal. Il a Ă©tĂ© facile de faire en sorte qu’ils me partagent. Ça fait dix ans que je connais Philip Lawrence et je commence Ă  bosser avec beaucoup d’artistes liĂ©s Ă  Scooter Braun dĂ©sormais.

Comment as-tu connu M. Pokora ?

Mon artiste principale, Kimberly Cole, a rencontrĂ© une maquilleuse qui connaissait un français, Travitz. Grâce Ă  elle, j’ai connu Travitz qui travaillait avec Thierry Said qui est le manager de Matt Pokora. La connexion s’est faite comme ça. J’ai proposĂ© une dizaine de chansons que j’avais Ă©crit avec pleins d’autres auteurs. Travitz les a fait passer Ă  Matt qui les a adorĂ©. Il en a choisi quatre. Ce sont des chansons que j’avais Ă©crit avec Philip Lawrence. Ce qui est marrant, c’est que l’on venait de terminer d’Ă©crire une chanson pour le film Rio 2. Par coĂŻncidence, c’Ă©tait M. Pokora qui doublait la voix de Bruno Mars dans la version française du film. J’avais entendu parler de lui juste avant notre rencontre. Avant, je n’avais aucune idĂ©e du genre d’artiste qu’il Ă©tait. Mes amis français me l’ont fait dĂ©couvrir. Quand on s’est rencontrĂ© je n’Ă©tais pas nerveux. C’est un gars comme tout le monde. Il est très sympa.

C’Ă©tait aux mois de juillet et aoĂ»t ?

Oui, en juillet on a fait trois ou quatre chansons. Ça s’est fait rapidement car les chansons Ă©taient Ă©crites Ă  l’avance en anglais. Pokora a fait les versions françaises. J’ai fait la production dessus. On bosse encore sur une autre chanson. Peut-ĂŞtre quelle sera dans l’album. Pour le moment on en a fait trois ensemble.

Comment s’est passĂ© l’enregistrement ?

Pour moi, c’Ă©tait facile. En fait, je devais aller en France l’enregistrer moi-mĂŞme mais on a eu un problème d’emploi du temps et il a dĂ» le faire tout seul. L’ingĂ©nieur du studio français m’a donnĂ© tous les enregistrements. J’ai fait la rĂ©alisation au niveau de la voix, des chĹ“urs. J’ai un peu mĂ©langĂ© les chĹ“urs de la chanson d’origine, j’en ai ajoutĂ© aussi. Quand j’Ă©tais en train de faire le mixage il Ă©tait Ă  Los Angeles. J’ai pu l’avoir sur place (Jeeve vit Ă  Los Angeles, NDLR) et on a modifiĂ© trois petits trucs. J’ai choisi les meilleures pistes. C’est un peu comme dans le cinĂ©ma, on choisit la meilleure prise. En plus c’est un super chanteur. Le boulot Ă©tait très agrĂ©able. J’ai hâte de voir comment va se passer la suite et de revenir en France, une première pour moi en vingt ans. Je ne faisais rien en France. RĂ©sultat, ça m’a permis de revenir Ă  Paris.

Ce qui est marrant c’est qu’au moment oĂą j’y Ă©tais, je bossais en mĂŞme temps sur le prochain album de Giorgio Moroder. C’est le compositeur de « Midnight Express » et de la plupart des chansons de Donna Summer. J’ai dĂ©cidĂ© de prendre des vacances. J’ai passĂ© deux jours au Puy-Notre-Dame, en plein Maine-et-Loire, tout près de Saumur où  j’ai passĂ© la majeure partie de mon enfance.  J’ai eu un coup de tĂ©lĂ©phone au dernier moment : il fallait que je travaille sur un morceau pour Britney Spears. Imagine : je faisais la rĂ©alisation d’un morceau pour Britney en plein Maine-et-Loire Ă  3 heures du matin ! C’Ă©tait assez incroyable le sentiment de retrouver mon enfance tout en travaillant sur un morceau pour elle.

Au niveau du style des prochain album de M. Pokora et Britney Spears, on peut s’attendre Ă  quoi ?

Pour Matt, c’est un mĂ©lange de sonoritĂ©s dans le style annĂ©es 80 et 90. Je ne peux pas en dire beaucoup plus pour le moment… Je peux juste ajouter qu’ils ont changĂ© le premier single. A l’origine ça devait ĂŞtre un autre morceau. Ils vont attendre car il est plus surprenant que celui prĂ©vu Ă  la base. Je pense que ça va faire du bruit. Il y a un cĂ´tĂ© très… (Il rĂ©flĂ©chit) Il fait penser Ă  un morceau très connu. On n’a pas entendu ça depuis très longtemps. J’ai hâte que ça sorte. Le morceau est très club, très annĂ©es 80.

Quelle Ă©tait la direction artistique pour ces chansons ?

On m’avait demandĂ© de trouver des musiques dans le ton des annĂ©es 80-90. « On danse »  est inspirĂ© de la chanson « All Night Long » de Lionel Richie. A l’origine ce morceau Ă©tait Ă©crit pour la bande originale du film Rio 2 mais il ça n’a pas fonctionnĂ© avec les rushes que le studio de cinĂ©ma possĂ©dait. Du coup, ils ont choisi un autre morceau. Le morceau refusĂ© Ă©tait donc libre et le style collait parfaitement avec ce que Matt Pokora voulait. Par coĂŻncidence, il faisait la voix d’un des personnage du film. De toute façon, il aurait chantĂ© le morceau dans la version française mais c’est marrant qu’il ait choisi le mĂŞme morceau au hasard.

Concernant tes collaborations avec Philip Lawrence, le tweet d’un programmateur d’une radio amĂ©ricaine indiquait que le prochain single de Bruno Mars n’allait pas tarder Ă  sortir. Est-ce que tu as des informations ?

Alors, ça fait un mois que je n’ai pas parlĂ© de ça avec Philip. Bruno Mars Ă©tait en tournĂ©e et je n’ai pas eu de dĂ©tails. Je sais que lui et son Ă©quipe sont en train d’Ă©crire, chose qu’ils ne devaient pas faire Ă  l’origine. Bruno devait prendre une annĂ©e de repos. Finalement, le label (Atlantic Records, NDLR) a dĂ©cidĂ© que ce serait peut-ĂŞtre une meilleure idĂ©e de ne pas s’arrĂŞter maintenant et que ce serait pas plus mal de sortir encore un album. Après ça ils pourront se reposer. Je pense qu’il faudra attendre trois Ă  quatre mois avant d’avoir plus de nouvelles car ça m’Ă©tonnerait qu’ils sortent quelque chose dans le mois qui vient. Mais on ne sait jamais…

A l’origine, je connais Philip Lawrence depuis près de 10 ans. On bossait ensemble. Quand on faisait des chansons avec lui, on allait le chercher en voiture car la sienne Ă©tait en rĂ©paration.  Je suis parti en tournĂ©e. A mon retour, il venait juste de rencontrer Bruno. Je me souviens ĂŞtre aller les voir Ă  plusieurs concerts dans des petits clubs de Los Angeles. Ça se voyait dĂ©jĂ  que Bruno allait faire quelque chose car il avait un charisme incroyable. Ça se sentait. Lui et Philip commençaient Ă  avoir des contacts avec des maisons de disques et ils travaillaient Ă©galement pour d’autres artistes. Je me souviens mĂŞme qu’Ă  un moment, toutes leurs meilleures chansons Ă©taient destinĂ©es Ă  d’autres chanteurs. Du coup, ils ont Ă©tĂ© obligĂ© de faire plein de nouvelles chansons au dernier moment pour le premier album de Bruno (Doo-Wops & Hooligans, NDLR) et aussi rĂ©cupĂ©rer certaines qu’ils avaient en avance. Du coup ça a explosĂ©. On ne pensait pas que Bruno allait faire autant de bruit. On Ă©tait agrĂ©ablement surpris. C’est un peu une carrière de rĂŞve.

Tu as travaillĂ© avec Hugh Jackman. C’Ă©tait pour quel projet ?

On a bossĂ© sur son prochain film, une comĂ©die musicale, qui parle de l’histoire du cirque Barnum et dans lequel il joue le rĂ´le de P.T Barnum. On a enregistrĂ© ensemble une chanson Ă  New-York. On a un peu voyagĂ© pour terminer ce projet. J’ai un système d’ordinateur portable qui me permet d’enregistrer un peu partout. C’est une rĂ©plique exacte de mon studio.

Tu as aussi travaillé avec Unicq. Tu peux nous en dire un peu plus ?

J’ai travaillĂ© avec elle au mĂŞme moment ou je collaborais avec Matt Pokora, lors de mon passage Ă  Paris.  J’ai du faire 6 ou 7 chansons avec elle. On va finir ça dans les mois qui viennent. Soit je vais retourner en France, soit elle va venir ici, Ă  Los Angeles. On va finir son album dans lequel  il y aura peut-ĂŞtre une douzaine de chansons. Elle est superbe. Je pense qu’elle va faire de bruit, elle est… (il se ravise) je ne peux pas dire grand. Ça vaut la surprise.

Au niveau du style musical on peut s’attendre Ă  quoi ?

Ce sera un peu comme du Rihanna… Un mĂ©lange de reggae, de dubstep, de pop avec du français et de l’anglais et beaucoup d’attitude.

Propos recueillis par Nicolas Dumas

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b et la variété française et internationale.