Chez Kendji Girac, il y a quelque chose de christique. Comme pour « Kendji » sur « Ensemble », il y a une envie de rassemblement. Les bras grands ouverts, il est en Ă©quilibre. Il veut accueillir. Il cĂ©lèbre le corps. Il y a aussi cette chaleur. Il a pris des cours de style. Du mauvais marcel, il est passĂ© Ă  un basique : la chemise blanche. Mais entre les deux pochettes d’album, la posture ne change pas. Ce qui change, c’est le million d’albums vendus. Un argument de poids, il plaĂ®t au public. Il a Ă©cumĂ© les dates de concert toute l’annĂ©e. Et c’est un palmarès que peu de jeunes artistes francophone peu revendiquer. Surtout avec un seul album. Kendji Girac lui peut. Il peut, mais il ne le fait pas. Il semble toujours aussi simple. Il dĂ©gage l’image d’un jeune homme de 19 ans qui ne se prend pas la tĂŞte. Et il sait rĂ©pondre aux propos dĂ©placĂ©s comme avec Lââm.

Mais musicalement, que vaut son nouveau disque ? C’est la mĂŞme recette que pour le premier opus. Une musique très hispanisante ou appelĂ©e gypsy pop (cinq chansons avec des titres en espagnol ! Cela confirme la tendance du premier album.), des nappes Ă©lectroniques (« C’est trop », « Jamais trop tard »), de la pop… un concentrĂ© de variĂ©tĂ©. Le tout sur des paroles estampillĂ©es jeune public avec notons-le quelques subtilitĂ©s sur les paroles qui nous semble Ă  double-sens comme sur « Me Quemo ». « Viens m’enflammer/Avec toi je plane » autant dire qu’il parle d’une partie de jambe en l’air. D’autant qu’il n’a pas besoin de stimulant puisqu’il assure n’ĂŞtre « jamais en panne ».

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Outre le dĂ©sir et le sexe, Kendji parle d’amour sous toutes ses formes avec la fin d’une relation malgrĂ© les efforts (« C’est trop »), le manque de l’ĂŞtre aimĂ© (« Ma solitude »), l’amour filial avec un très bel hymne Ă  sa mère (« Les yeux de la mama »). Soprano « participe » Ă  « No Me Mirès MĂ s ». Le chanteur du sud de la France est clairement sous employĂ© dans ce titre qui parle d’une fille entre deux amis. Dans l’amour amical, il y a « Mes potes et moi ».

Il y a aussi la chanson « discours de vieux con » avec « La Morale ». « T’aimerais trainer toujours les poches pleines / Mais tu fais rien sept jours par semaine / Tu prĂ©tends que tu fais des affaires / T’es du genre Ă  parler sans rien faire /Pour Ă©couter les gens t’es trop fier / Mais t’es trop bornĂ© ». Il dit aussi « J’te fais pas la morale mon frère mais / Tu passes tes journĂ©es Ă  t’enfermer / Le monde continue d’tourner, tourner / Et tu veux pas bouger ». Il est dommage de tourner le texte de façon nĂ©gative comme c’est le cas ici. Pourquoi ne pas le dire avec une chanson du type : « tu peux y arriver ».

Kendji est aussi inquiet pour la planète, des ravages des rĂ©seaux sociaux, des relations entre humain. Tout ça sur un rythme R&B, pop et dubstep. Mais « OĂą va le monde » ? Une chansonnette fourre-tout. Il y a aussi dans cette chanson une rĂ©miniscence de « Cosmo » de Soprano. Cela se sent autant dans la rythmique que dans les chĹ“urs. « Una mujer » est une reprise d’« I Need A Girl » de P. Diddy et Usher featuring Loon.

Mieux, mais nécessite encore des efforts

La voix est mieux employĂ©e dans ce second album (« Les yeux de la mama »). A l’exception de « C’est trop », oĂą la voix est vraiment modifiĂ©e. Le cĂ´tĂ© « trafiquĂ© » est assez dĂ©sagrĂ©able sur les premières Ă©coutes mais cette chanson nous piège Ă  la fin. Il est Ă©vident qu’elle sortira tĂ´t ou tard en single. Le rythme est très entĂŞtant.

« Kendji » Ă©tait produit en grande partie par Skalp (Indila). Cette fois-ci, le producteur fait pâle figure avec seulement un titre (« OĂą va le monde »). Pire, Kerredine Soltani (Zaz) est Ă©jectĂ©. The Bionix (composĂ© de Rachid Mir et Christian Dessart) (M. Pokora) a Ă  nouveau deux productions (« La morale » et « Mes potes et moi »). Renaud Rebillaud fait son entrĂ©e en force, (compositeur de « Color Gitano ») avec trois productions pour quatre prĂ©sences sur les crĂ©dits. La nouvelle Ă©quipe est celle de Felipe Saldivic et FrĂ©dĂ©ric Savio qui produisent quatre titres ensemble et un de plus pour Saldivic. Matthieu Mendès (M. Pokora) produit un titre avec Rebillaud (« Ma solitude »). Ce que l’on peut constater aussi, c’est que contrairement Ă  l’album prĂ©cĂ©dent, Kendji est prĂ©sent au crĂ©dit de toutes les chansons. Dans les auteurs, il est Ă  signaler la forte prĂ©sence de Nazim Khaled avec cinq titres ou Thomas Laroche avec quatre.

Un second album qui laisse entrevoir moins de « tubes » que dans le prĂ©cĂ©dent, mais on gagne en qualitĂ© de production. Ce que l’on avait notamment reprochĂ© au premier. Cette fois-ci, il y a du mieux. Sauf sur les textes. Donc le troisième nous conviendra-t-il complètement ? Rendez-vous en 2016 ou 2017 ?

Photo : Pochette de l’album « Ensemble ».

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b et la variété française et internationale.