Corentin Grevost est le gagnant de Rising Star et comme trophĂ©e, il a remportĂ© un album. Le rendez-vous pour rencontrer le jeune homme du Jura est situĂ© dans un restaurant Ă  cĂ´tĂ© d’une gare parisienne. La veille, il Ă©tait sur la scène du Casino de Paris en première partie d’un illusionniste. Ces valises sont dans un coin de la pièce avec sa guitare « son amoureuse ». Après notre interview, il part pour quelques jours de repos chez lui Ă  Lons-le-Saunier, une ville de 20000 habitants. Corentin Grevost est assis dans un canapĂ©. Le sourire sur son visage, il est heureux de pouvoir enfin parler de son projet. Un premier album dont la sortie est prĂ©vue dĂ©but 2016.

Aritmuzik. Sur l’album Paxti Garat (Louane), Gary Fico, Sorel, Kerredine (Zaz), Skalp (Indila, Leslie…), Welgrym, Corson, Rodier… autrement tu as très bien Ă©tĂ© entourĂ© pour le disque. C’Ă©tait comment ?

Corentin Grevost. Au dĂ©but, ça m’a fait bizarre. C’est la première expĂ©rience pour moi, donc je dĂ©couvre tout. Je suis de nature timide par rapport Ă  la musique alors que dans la vie de tous les jours, je ne le suis pas du tout. Par rapport Ă  la musique sur scène, je suis totalement diffĂ©rent. Je testais, je dĂ©couvrais les musiques. Il y a aussi ce cĂ´tĂ©, avec les auteurs, oĂą on se confie beaucoup. Les auteurs Ă©crivent des choses un peu sur nous ou ce que l’on veut. Il faut arriver Ă  se confier, ce n’est pas toujours facile. C’Ă©tait un peu une thĂ©rapie avec un psy.

Tu as participĂ© Ă  l’Ă©criture ou la composition ?

J’ai voulu ĂŞtre Ă  l’extĂ©rieur de çà pour le premier album. Je voulais vraiment laisser les auteurs et compositeurs Ă©crire pour moi. Après, si j’ai la chance de faire un deuxième album, c’est quelque chose qui me plairait.

Paxti Garat a écrit « Jour 1 » de Louane. Cette dernière a connu une très belle première année de carrière. Ça donne envie de ce genre carrière là ?

ForcĂ©ment. Je me suis renseignĂ© sur qui Ă©crivait mes chansons. Quand on me l’a prĂ©sentĂ©, je savais qui c’Ă©tait. C’est très gratifiant de travailler avec ce genre de personne. Je me suis dit qu’il allait m’Ă©crire de belles chansons avec des sujets qui me correspondent. C’est quelqu’un avec qui j’ai eu un bel Ă©change. Il a compris tout de suite ce que je voulais dire ou donner dans les chansons.

« Je laisse la porte ouverte à une duo avec Louane »

Le fait que lui-même ait participé à une émission de télé-crochet (Star Academy), ça aide ?

Il me comprend. C’est vrai que ce n’est pas facile pour moi, j’arrive. Je dĂ©couvre un peu tout. On s’est compris sur ce point lĂ . C’est quelque chose de positif quand on s’entend bien avec les auteurs.

Pareil pour Skalp ?

Ça Ă©tĂ© plus difficile. C’est quelqu’un qui a beaucoup de boulot. Au niveau des quelques Ă©changes, ça Ă©tĂ© superbe. C’Ă©tait très professionnel. J’ai eu des expĂ©riences de travail très diffĂ©rentes. Ils ne travaillent pas de la mĂŞme manière.

Tu sais quand sors le clip de « Ne Me dit pas non » ?

Je ne sais pas quand il sort. Tout dĂ©pends de la promotion. Il est tournĂ©. Je l’ai vu et revu. J’en suis très fier. Pour moi, c’est la première fois. Il a Ă©tĂ© tournĂ© au Portugal. Ce n’est pas la France et pour moi c’Ă©tait loin. Je dĂ©couvre un peu tout… Les camĂ©ras, comment ça se passe, tourner plusieurs fois les mĂŞmes scènes. C’Ă©tait fatigant. Il y a eu trois jours de tournages. J’essaie de vivre tout ça au maximum. Je sais que tout peut s’arrĂŞter du jour au lendemain. Alors j’en profite.

Tu voulais une sortie d’album pour l’Ă©tĂ© 2015 après ta victoire Ă  Rising Star. Finalement ce sera 2016. Qu’est-qui a pris plus de temps que ce que tu avais prĂ©vu ?

On a eu de longues discussions avec M6 Interaction, mon label. On a dĂ©cidĂ© de prendre le temps pour faire un album qui correspond plutĂ´t que d’enregistrer dix chansons que l’on me propose et de ne pas ĂŞtre très fier. C’est moi qui dĂ©fend ces titres. Aujourd’hui, je suis capable de les dĂ©fendre. Ce qui prend du temps, c’est tout le travail qu’il y a. On a testĂ© plus d’une trentaine de chansons. On a choisi celles qui me correspondait le plus, les textes. J’ai vu plusieurs fois Patxi, François Welgryn. On a eu de longues journĂ©es de discussions. Je ne peux pas dĂ©fendre des textes que je ne comprends pas ou qui ne me correspondent pas. J’y attache beaucoup d’importance. Il y a aussi le travail en studio. Le mixage. Des fois, les productions ne me plaisaient pas vraiment. On les a retravaillĂ©. On a dĂ©cidĂ© de prendre plus de temps pour avoir un travail abouti.

Comment as-tu vĂ©cu l’après Rising Star ? Surtout que l’Ă©mission n’a pas Ă©tĂ© un succès d’audience et qu’on te l’a beaucoup dit en interview. Je crois savoir que tu t’Ă©tais Ă©loignĂ© de ces considĂ©rations lĂ .

Le lendemain de ma victoire, j’avais un rendez-vous avec M6. On m’a dit : « On prendra le temps de te faire des chansons. Donc tu ne seras pas tout de suite sur le feu de la rampe ». Et en ce qui concerne la notoriĂ©tĂ©, ils m’ont dit : « Faut pas forcĂ©ment attendre que les gens te reconnaissent dans la rue. Il faut s’y prĂ©parer, car ça peut ĂŞtre mal vĂ©cu. » J’Ă©tais très bien entourĂ© dès le dĂ©part. J’ai la tĂŞte sur les Ă©paules. Je n’ai pas pris la grosse tĂŞte. Si j’ai fait cette Ă©mission, ce n’est pas pour la notoriĂ©tĂ© mais pour la musique. Quand on part de lĂ , si dehors personne ne me reconnaĂ®t, pour moi c’Ă©tait pas grave. Je fais ce qui me plaĂ®t, ce qui me rend heureux. La notoriĂ©tĂ© c’est le bonus. C’est positif. Après, je vis dans une ville de 20 000 habitants, donc on me reconnaĂ®t beaucoup. Quand je suis Ă  Paris, c’est pour le boulot. J’ai pas le temps d’ĂŞtre dans la rue.

Comment s’appelle l’album ?

C’est un album apriori Ă©ponyme. Donc « Corentin Grevost ». Je ne me cache pas, pour le coup je me mets en avant.

Quel est le style de ta musique sur l’album ?

Je l’ai voulu variĂ©. C’est une base de pop. C’est ce qui me dĂ©fini aujourd’hui.

J’ai mĂŞme lu, « pop urbaine ».

Pourquoi pas. Il y a plusieurs styles. Il y a beaucoup de sonoritĂ© reggae puis du folk qui donne un cĂ´tĂ© très chaleureux avec la guitare. J’ai toujours ma guitare avec moi, elle m’accompagne de partout. C’est un peu ma copine. Puis il y a de l’electro. On s’est dit que ça dynamiserait le tout. Ça dĂ©finit pas mal l’album. Quand je les chante ces chansons en acoustique ou pour tester, de 15 ans Ă  des dames de 60 ans, on me dit qu’elles touchent. Je suis sĂ»r que l’album touchera tout le monde. Ma personnalitĂ© y joue aussi.

Qu’est-ce que tu Ă©coutes ?

Je me lasse assez vite des chansons. Je suis toujours dans la nouveautĂ© avec beaucoup de chansons anglaises et amĂ©ricaines. J’aime beaucoup Adele, Sia ou Ed Sheran par exemple.

Donc la sortie prochaine de « 25 » d’Adele te rĂ©jouit ?

(Rire) A cĂ´tĂ© de ça, j’Ă©coute de vieilles chansons françaises. Charles Aznavour avec « La Bohème », du CĂ©line Dion. J’ai beaucoup aimĂ© l’album de Louane. C’est vrai que d’une façon gĂ©nĂ©rale, j’Ă©coute peu de français.

Pourquoi pas un duo avec Louane.

Pourquoi pas. Je laisse la porte ouverte. (Rire)

Dans le dossier presse, je te cite : « J’aime raconter des histoires, comme j’aime les Ă©couter chez les autres. J’aime m’imaginer Ă  la place de l’artiste quand il chante, c’est pourquoi je voulais que dans mes chansons, les filles comme les garçons puissent se mettre Ă  la mienne ». C’est important que tous les publics puissent s’identifier ?

C’est très important pour moi. Quand j’Ă©coute une chanson, par exemple, que c’est un gars qui parle Ă  une fille ou une fille qui parle Ă  un gars. Tout de suite, je ne rentre pas dedans. Je ne voulais pas qu’il y ait de genres, pas de cases. Je veux que ça correspond Ă  tout style, Ă  toutes les sexualitĂ©s, Ă  tout le monde. Une dame de 60 ans peut très bien s’imaginer qu’une personne de 60 lui parle Ă  elle. Je voulais que tout le monde puisse s’imaginer Ă  ma place. Qu’un gars parle Ă  une fille, qu’une fille parle Ă  un gars, qu’une fille parle Ă  une fille ou qu’un gars parle Ă  un gars. C’Ă©tait très important pour moi.

« Quand j’Ă©coute une chanson et qu’elle est sur un gars qui parle Ă  une fille ou une fille qui parle Ă  un gars. Je ne rentre pas dedans. »

Toi même dans les chansons que tu écoutes, tu ne te reconnais pas forcément ?

J’ai toujours cette barrière. De quand une fille parle Ă  un gars, je ne suis pas forcĂ©ment comme ça. Parce que si moi, par exemple, je parle avec une fille ou un gars. Ça m’enlève de ma bulle. Elle n’est plus mienne. Je dois la partager avec plusieurs personnes. Une chanson tout le monde, la perçoit diffĂ©remment. On raconte notre propre histoire au travers des chansons. Il faut que chacun puisse y mettre son histoire.

Tu Ă©tais en Ă©cole d’art appliquĂ© Ă  Besançon. Tu continues Ă  suivre les cours ?

J’Ă©tais en annĂ©e de prĂ©pa. J’ai arrĂŞtĂ© pour la musique. Mais ce n’est pas complètement oubliĂ©. C’est quelque chose qui me passionne, depuis tout petit, la mode. Tout ce qui touche au vĂŞtement. Je ferais toujours très attention Ă  comment je m’habille. J’ai Ă©tĂ© très critique avec mes meilleures amies. Elles y ont pris goĂ»t maintenant. C’est avec elles que je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup ça. J’aime allier la musique et la mode. Pourquoi pas ĂŞtre plus tard chanteur-styliste ?

« Pourquoi pas être plus tard chanteur-styliste ? »

J’ai remarquĂ© sur les photos que tu postes sur ton compte Instagram que tu portes des nĹ“uds papillons.

C’Ă©tait un peu ma marque de fabrique Ă  Rising Star. Mais c’Ă©tait un peu par hasard. J’en ai mis un pour le premier casting, je trouvais que ça donnait une touche d’originalitĂ©. On a dĂ©cidĂ© de le garder car ça me plaisait. Après, je ne veux pas en faire une marque de fabrique pour les annĂ©es Ă  venir. Je ne veux pas m’attacher au nĹ“ud papillon.

Comme Lââm avec son chapeau.

C’est un peu ça.

Ça peut faire penser à Stromae le nœud papillon.

C’est vrai. On me compare beaucoup Ă  lui. Il est assez atypique. Le nĹ“ud papillon a ce cĂ´tĂ© vieille Ă©cole. On m’a aussi beaucoup comparĂ© Ă  lui parce que j’ai fait une reprise de « Papaoutai ». C’est quelqu’un que j’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment et que j’Ă©coute.

Souvent on compare les artistes entre eux. C’est facile. Pour le coup, j’aurais du mal Ă  te comparer avec un autre artiste. Est-ce que tu penses que ça peut ĂŞtre un atout ?

C’est me fait très plaisir. Quand on ne compare pas quelqu’un, c’est que quelque part on est nouveau. On donne quelque chose en plus. Après, c’est toujours bien d’avoir un exemple. On a tous l’image d’un artiste auquel on voudrait ressembler. Moi, j’adore Stromae. J’ai du mal Ă  ĂŞtre encore complètement moi-mĂŞme sur scène par exemple. Je suis très timide. D’un cĂ´tĂ©, si on ne me compare pas Ă  quelqu’un, c’est que j’apporte quelque chose que les gens ne connaissent pas. Je verrais bien oĂą ça va me mener.

Dans ce premier album, quels sont les thèmes de prédilections ?

Il y a un thème qui est universel, qui parle Ă  tout le monde, c’est l’amour. Il y a d’autre thème avec la rupture. Tout le monde l’a connu au moins une fois dans sa vie. Pour la rupture, on parle souvent de la personne qui se fait quitter. Cette fois c’est celui qui quitte qui parle. Il n’a pas cette peine que peut ressentir la personne quittĂ©e. Je trouve que c’est une belle chanson. Il y a beaucoup de thème qui me plaisent. Je prĂ©fère les thèmes un peu sombre. Je suis très attachĂ© aux ballades et chansons tristes. Cependant l’album est très positif. Dans une chanson sur la mort, il y a le cĂ´tĂ© joyeux. La vie continue. C’est un album festif.

Corentin Grevost - Crop2

Corentin Grevost : « On a tous l’image d’un artiste auquel on voudrait ressembler. Moi, j’adore Stromae. »

Tu as enchainĂ© plusieurs dates de premières parties. C’Ă©tait comment la scène ?

J’ai vraiment vu une Ă©volution scĂ©nique. J’ai du mal Ă  m’extĂ©rioriser sur scène. Je suis pas quelqu’un qui parle beaucoup. J’ai appris Ă  communiquer et Ă  partager avec le public. C’Ă©tait un très bon exercice de se produire devant 1000 personnes tous les soirs sur la scène du Casino de Paris. J’Ă©tais fier de dĂ©fendre mes chansons.

On a tous une histoire particulière avec la musique. Comment tu es arrivé au chant ?

La musique a toujours Ă©tĂ© prĂ©sente dans ma famille. Mon papa chantait et ma maman Ă©coutait beaucoup de musique, de chanson. Partout oĂą l’on allait, on Ă©coutait de la musique. J’ai Ă©tĂ© baignĂ© dedans. Je me suis rendu compte, que j’aimais chanter quand j’Ă©tais seul chez moi. J’avais cette timiditĂ© devant les gens. Chanter, ça m’a permis d’oublier mes problèmes. J’Ă©tais quelqu’un d’hyperactif. Ça m’a aidĂ© Ă  canaliser mon Ă©nergie, ça m’a appris beaucoup de chose. Je me suis mis dans une bulle pour chanter. Quelques fois ma mère m’entendait chanter dans ma chambre et voulait m’Ă©couter. Je lui ouvrais la porte pour qu’elle puisse m’entendre, mais elle n’avait pas le droit me voir. Mes parents ont divorcĂ©, mon beau père m’a appris Ă  jouer de la guitare. Je me suis cachĂ© derrière cet instrument pour chanter. J’ai commencĂ© Ă  chanter devant les gens, mes meilleurs amis ou ma famille. Je pense que j’ai pris conscience des choses devant ma famille, que des membres se sont mis Ă  pleurer. Ils m’ont dit : « Tu es fait pour ça ». S’ils pleurent, c’est que je dois dĂ©gager quelque chose. J’ai fait des vidĂ©os diffusĂ©es sur YouTube et Facebook. J’ai eu beaucoup de retour. Je ne m’attendais pas Ă  en avoir autant. Des gens dans mon lycĂ©e m’ont dit que je chantais hyper bien alors que je n’Ă©tais pas forcĂ©ment proche d’eux. Ça m’a aidĂ© Ă  poursuivre jusqu’au jour oĂą je suis arrivĂ© sur la scène de Rising Star.

C’est M6 qui t’a remarquĂ© après avoir vu des vidĂ©os de toi sur Internet ?

Exactement, ce sont les casteurs qui m’ont dit de passer le casting de Rising Star. Je l’ai passĂ©, j’ai gagnĂ©. Et aujourd’hui j’ai pu faire un album.

Tu avais aussi été passer les sélections pour The Voice ?

Effectivement. Ca m’a s’en doute permis d’ĂŞtre meilleur pour Rising Star et de gagner. J’ai appris beaucoup de chose. Rising Star, c’est une très belle page de ma vie. Une page qui est tournĂ©e maintenant.

M6 Interaction croit en toi. C’est encourageant ?

Je les sens très attachĂ©s Ă  ce projet. Pour moi c’est vital. Si je sens que les gens ne sont pas derrière moi, moi-mĂŞme je n’y croirais pas. Ils m’apportent un soutient tous les jours. Ils sont prĂ©sents Ă  chaque dates. Ils m’envoient des messages me disant : « Tu vas y arriver ». Ils me portent. Ils travaillent et se donnent Ă  fond pour moi. C’est mon projet et donc ça va dans le bon sens. Je ne m’attendais pas Ă  autant d’implications de leur part et Ă  autant d’attachement. Je veux aller jusqu’au bout pour toutes les personnes qui ont travaillĂ© sur le projet.

Propos recueillis et photos par Nicolas Dumas.

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b et la variété française et internationale.