Ridsa avait clairement besoin de s’exprimer avec « Tranquille » puisque ce troisième album (un double album) contient pas moins de 26 titres ! Le chanteur d’OrlĂ©ans surfe sur de bons chiffres pour son single « LĂ  c’est die » classĂ© #6 des ventes. Tout pour rĂ©ussir.

Ridsa aurait-il peur ? Peur de choisir ? C’est en tout cas ce qui saute aux oreilles en Ă©coutant « Tranquille ». Autant, nous sommes habituĂ©s Ă  avoir plus de titres sur un album de musique urbaine que sur un album de variĂ©tĂ© française. Mais lĂ , 26 titres ! Une mixtape. ForcĂ©ment avec autant de titres, les acheteurs auront de quoi ĂŞtre ravi… mais aussi d’ĂŞtre déçu. Comment maintenir un mĂŞme niveau sur autant de titres ? Et bien, c’est impossible.

Sur le fond, que vaut vraiment cet album ? Dans les thĂ©matiques de l’album, il y a bien Ă©videmment l’amour et les relations dans le couple. « Ti Amo », c’est de la sincĂ©ritĂ© sur ses faiblesses (« Ne vois-tu pas que je tremble ? Je fais l’acteur, je fais semblant ») et sur sa voix. Il tombe les masques avec des paroles et une voix sans artifices. Exit l’Autotune. Dans son timbre de voix, il y a un peu de Patrick Bruel. Ça laisse entrevoir quelque chose d’intĂ©ressant.

Il se dĂ©crit comme un mec « maladroit » dans « Elle me love ». Il en profite pour louer les forces de sa femme (« elle reste lĂ , elle m’Ă©paule, elle fait tout pour moi »). C’est une ritournelle d’un mec « in love » de sa compagne et avec qui, il a envie de passer Ă  l’Ă©tape suivante (le bĂ©bĂ© ? « Elle me parle de gamins »). « En LovĂ© » (feat. Stony) est sur ce couple : lui, il pense Ă  elle, et elle, elle pense Ă  lui (« Elle est dans ma tĂŞte »). Avec « Seul », Ridsa laisse entrevoir un homme fragile (« Quand tes yeux se posent sur un autre, j’ai cette peur qui me colle Ă  la peau ») qui doute de sa relation avec sa petite-amie.

Représentant de la génération Z

ForcĂ©ment, il faut qu’il joue au « petit-gros » bras en multipliant les postures avec des chansons sur la fin du couple (« Fini », « Laissez-moi », « Deux inconnus »), sur les beaux-parleurs (« Ils ne font que parler », « Rien Ă  prouver »), la sĂ©duction/le sexe (« LĂ  c’est die », « Ne me chauffe pas », « Donne »), la bagarre (« Ne me chauffe pas »), l’Ă©gocentrisme (« ÉlĂ©gant », « Selfie », « Rien Ă  prouver »). Il y a aussi la perte de soi et une quĂŞte de quelque chose de plus authentique (« Dans la ville » [feat. Pepe Rosso], « Seul »). Avec « GĂ©nĂ©ration », Ridsa veut parler de sa gĂ©nĂ©ration. Il y dĂ©crit les modes de vies des vingtenaires, la gĂ©nĂ©ration Z.

Il profite de la vie… L’exemple typique est sur l’efficace « La nuit ». Avec un beat r’n’b disco, Ridsa y dĂ©crit une vie parisienne oĂą le must est de ne pas dormir (« Tout ce passe la nuit, tu peux le voir Ă  mes cernes »). Pour sortir, il faut ĂŞtre « ÉlĂ©gant ». Une chanson ego-trip sur la classe (« Je suis Ă©lĂ©gant quoi qu’il se passe ») face Ă  des concurrents qui « [finissent] seul ». L’Ă©ternel jeu du gagnant/perdant. NB : lui, c’est le gagnant. « Tranquille » (sur le disque 2) dĂ©crit une vie « rĂŞvĂ©e » (?) au soleil au bord de la mer mĂ©diterranĂ©e Ă  Barcelone.

… car c’est quelqu’un qui Ă  souffert (« Je n’ai pas sommeil », « Pardon », « Je me rappelle »). Avec « Pardon », il s’excuse pour Ă  peu près tout et Ă  peu près tout le monde. « On ne m’a jamais aidĂ©, (…) On m’a poussĂ© Ă  la faute », lâche-t-il en se renfermant sur lui-mĂŞme. Comme sur « Ti Amo », il dĂ©livre une très belle prestation vocale. Rien que pour ça, on l’Ă©coute en boucle. « Pardon » est notre chanson coup de cĹ“ur de l’album.

Autotune, mon amour

« Dans la ville » possède une progression musicale qui nous Ă©lectrise. Les premières notes sont entonnĂ©es par Pepe Rosso qui pourrait ĂŞtre une bonne dĂ©couverte dans les prochains mois. C’est lĂ  que vient notre dĂ©ception par un refrain gâchĂ© par la voix AutotunĂ©e. On aimerait bien Ă©couter une version guitare voix de cette chanson. Une des chansons la plus sincère de l’album.

On remarque que « Je n’ai pas sommeil » a des ressemblances avec le titre « A l’internationale » de Tal.

Et que « Tu te fais des scènes » à un refrain qui nous fait penser à celui de « Lovesong » de Sarah Bareilles.

On zappera « Ils ne font que parler », un titre dancehall, ou « Selfie » (feat. H Magnum) qui sont inaudibles de par une voix trop autotunée. Cependant « Selfie » a en même temps un très bon rythme qui pourrait lui permettre de très bien fonctionné dans les discothèques.

Une musique rassurante

Nos derniers constats sur « Tranquille », c’est qu’il s’agit de deux disques Ă©clectiques tant sur les thèmes que sur le genre musical bien que dominĂ©s par la musique urbaine. Ridsa adopte des formats de chansons courts en moyenne 3 minutes, loin du 3 minutes 30 gĂ©nĂ©ralement pratiquĂ©. Au niveau de l’Ă©criture, il n’y a pas vraiment de vrai trouvaille sur le texte. Le vocabulaire employĂ© est très urbain avec beaucoup d’argots et donc ce qui est forcĂ©ment clivant. Ridsa risque donc de se couper une partie d’auditeurs potentiels. On pense notamment aux auditeurs de rap « doux » ou de r’n’b « variĂ©tĂ© » — excusez-nous pour ces barbarismes. Ridsa apporte une nouveautĂ© dans le sens oĂą il propose une musique urbaine rassurante et tout public.

Photo : Promotion Ridsa – Article mise Ă  jour le 20 dĂ©cembre. PrĂ©cision sur la chanson Dans la ville

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b et la variété française et internationale.