Nord, de son vrai nom Xavier Feugray, est Rouennais. Dans la vie, il y a des semaines déterminantes. C’est sans doute ce type de semaine qu’a vécu Xavier Feugray : tout d’abord avec la sortie de son EP 6 titres « L’Amour s’en va », s’en suit une première partie (pas sa première sur Paris) et le Printemps de Bourges pour clore cette semaine. On le rencontre lors de sa première partie au Café de la danse dans le 11e arrondissement de Paris. C’est un garçon de 34 ans, silhouette élancé dans un costume noir, chemise blanche au col Mao qui se présente devant nous après les balances. Il a cette âme d’enfant, il est pétillant, il est « frais ». Lui qui a connu la galère, les petits boulots, retrace son parcours de ses premiers groupes à la scène des Francofolies qu’il occupera cet été avant de se mettre à travailler plus amplement sur son premier album.

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Aritmuzik. Est-ce que tu peux retracer ton parcours ?

Nord. Ça fait pas mal d’années que je fais de la musique, au moins 15 ans. J’en faisais avec un groupe qui a duré 10 ans et qui s’appelait Dame Fortune, du rock français. C’est moi qui écrivait aussi. Tu vieillis et les groupes se séparent. Je me suis retrouvé seul à la faire de la musique. J’ai commencé par travailler sous mon nom Xavier Feugray pendant 2-3 ans. Il y a 2 ans, j’ai commencé à travailler avec un ingénieur du son qui s’appelle Sylvain Carpentier qui bosse pas mal avec Saez. Il m’a dit : « Si tu veux, on travaille sur ton projet, on fait un EP ensemble ». On a travaillé, on est arrivé à 5 morceaux dont on était content. On a pris un début de direction artistique. On a commencé à faire écouter les morceaux, c’est comme ça que j’ai trouvé mon éditeur et producteur Loo Wood. En région, j’ai remporté la bourse Booster en Haute-Normandie qui m’a permis de travailler mon projet. On a travaillé sur l’image avec « Drunk », qui a été relayé sur pas mal de blogs, à ma plus grande surprise. J’ai commencé les concerts à Rouen, au 106 et au Trianon Transatlantique. En mars 2015, j’ai signé chez Universal Publishing. A chaque fois, ce sont des marches que je gravie. Mon premier concert à Paris, c’était au Badaboum en septembre 2015. J’y ai rencontré mon tourneur Uni-T. J’en suis au moment du deuxième EP « L’Amour s’en va ». J’ai des supers retours, c’est que du plaisir.

Dans ce deuxième EP, il y a des chansons du premier et des nouvelles pour celui-ci.

Voilà, j’ai fait un mélange des deux.

Dans tes textes, tu dis des choses sans vraiment les dire.

J’en dis un peu et tu dois faire le reste avec ton imagination. C’est un peu la chanson dont tu es le héros. J’aime bien faire ça, car ça t’amène sur d’autres chemins, d’autres expériences de vie. Des fois, on se retrouve sur des voies hyper-balisées et finalement tu te perds un peu en route. Dans mes chansons, il y a plusieurs branches, que tu peux choisir de prendre ou non. Dans « L’Amour s’en va », c’est intime, car tu arrives à un constat que l’amour s’en va au refrain. Autour, j’essaie de construire un lien, un chemin, sur ce que peut être l’amour, sur ce qu’évoque l’amour. Je vois les chansons comme un itinéraire.

Justement dans « L’Amour s’en va », tu abordes l’amour et l’amour est un mot qui peut différemment s’interpréter.

C’est l’ensemble, qu’est-ce qui tient dans tout ça. Est-ce que c’est l’attirance physique ? L’attirance sexuelle ? On est dans le questionnement et la confusion. Je montre les failles.

Tu as signé à Universal Publishing. Tu écris pour toi essentiellement ?

J’écris essentiellement pour moi. On m’a aussi demandé pour une artiste de Loo Wood. C’est le moment où j’écris des choses pour moi, c’est assez compliqué d’écrire pour d’autres projets car je réfléchis à l’album à la rentrée. J’ai déjà un petit peu toutes les chansons, mais j’essaie d’affiner.

Tu les essaies sur scènes ?

Ce soir par exemple, il y en a deux.

Comment se fait ce retour d’expérience ?

Déjà avec Universal Publishing et Loo Wood, j’ai des retours quand je présente la démo. C’est vrai qu’après en concert, je me demande : « Est-ce que ça c’était suffisamment efficace » ou « Est-ce que c’est compréhensible ». Quand je les joue en concert, c’est que je suis déjà content de la composition. J’ai un peu peur de lâcher mes morceaux. Je réécris beaucoup. Ce soir, il y a la « Délicate emprise des mots » qui est à la fois, pour moi, une interlude et une introduction.

Tu abordais l’album. Pour un artiste, c’est toujours la chose attendue ?

Bon là, c’était d’abord l’EP. Je voulais savoir ce qu’il allait se passer. C’est les bases du projet et ma carte de visite. Connaître les réactions des gens. C’est par pallier, l’album s’en est un autre. Je serais encore plus content lorsque j’y serais.

Tu as tourné un reportage avec France 3 Haute-Normandie qui se déroulait à l’abbatiale Saint-Ouen de Rouen. Tu dis que c’est un lieu particulier pour toi, vous y restez tout le long du reportage. En quoi, c’est un lieu particulier pour toi ?

Pendant 10 ans, j’ai enchaîné plein de petits boulots ; dont un, j’étais gardien d’église. A Rouen, il y a un patrimoine assez riche avec plein d’églises ouvertes au public. Il faut des gardiens car les gens dégradés les monuments. Je me suis retrouvé embauché par la mairie comme gardien d’église. J’ai passé 2/3 ans de ma vie dans des églises. A l’abbatiale Saint-Ouen, quand il fait nuit et qu’il fait froid, personne ne vient. Tu te retrouves seul dans une église qui est très grande. Tu joues avec tes démons. J’ai écris des paroles, j’ai lu beaucoup. C’était un moment de vie où j’étais assez enfermé dans un bâtiment énorme.

Abbatiale Saint-Ouen de Rouen - DXR/WM Commons/CC-BY-SA

Abbatiale Saint-Ouen de Rouen – DXR/WM Commons/CC-BY-SA

Dans le reportage, le rédacteur fait référence à tes années de difficultés. Le fait d’être enfermé comme ça dans une église, ça pousse à une introspection ?

Il y a une chanson « Temps morts » que je joue, et que j’ai quasiment entièrement écrit là-bas. Pour moi, « Temps morts » c’était l’idée de la pause, du questionnement sur ce que je vais faire de ma vie, sur ce qu’il se passe pour moi maintenant. Ce sont des questions que tu peux te poser quand tu es toute la journée avec toi-même.

Tu vas faire le printemps de Bourges (le 15 avril, ndlr). Ce festival représente quoi pour toi ?

J’y avais déjà touché des bouts des doigts, mais je n’avais jamais passé le stade des présélections. J’avais été présélectionné sous mon nom Xavier Feugray et aussi avec d’autres groupes. On n’avait jamais été plus loin. Là avec Nord, j’avais vraiment envie d’y aller, et en plus c’est un super timing. Défendre mon EP là bas à Bourges, rencontrer des programmateurs et puis tous les acteurs des musiques actuelles c’est une superbe opportunité. Il faut y aller à fond, c’est vraiment le moment. J’ai une carte à jouer sans me mettre trop la pression non plus. Si j’y pense trop, je n’en dors plus.

Tu vas aussi aux Francofolies.

C’est une superbe surprise. J’ai sorti un quatre titres en septembre, ils y sont tombés dessus et mon appelé immédiatement. Je reçois un appel où ils m’ont proposé de venir. C’était oui. Carrément. Chaque mois, il y a une bonne nouvelle. Il y a un truc qui s’est mis en place. C’est comme là, chanter aux Franco’. J’avais déjà essayé d’envoyer des chansons. Tandis que là, ils m’ont appelé, ils m’ont dit que mon projet les intéressé. Je suis allé aux Chantiers des Francofolies, à l’issu je serais dans la scène découverte.

Tu fais référence dans tes interviews à Georges Brassens, Mathieu Boogaert et Dominique A. Ces auteurs sont des sources d’inspirations ?

Brassens a été important dans mon apprentissage de la chanson française. Il y a aussi Brel, Renaud. Il y a cette nouvelle scène de la musique française avec Mathieu Boogaert et Dominique A. Je suis allé voir ce qu’ils faisaient. Ils m’ont touchés dans l’écriture et dans ce qu’ils sont. Ils ont tous une classe, quelque chose de beau. Georges Brassens c’est un type génial et hyper simple. J’envisage de faire mon métier comme eux. Dominique A, ça fait 20 ans qu’il sort des albums que je trouve super beau à chaque fois. Je suis assez admiratifs de tous ces artistes. Ils ont défriché, ils ont amené quelque chose à la chanson française. Ils ont apporté une façon différente de faire de la chanson.

Justement, pour toi, ta façon de faire de la chanson, tu la vois comment ?

Ma façon de faire c’est un peu du collage, de l’assemblage, des bouts de morceaux que j’ai fait, de les coller ensemble et de construire une cohérence. Je travaille beaucoup avec des samples, des idées que je bidouille sur mon ordinateur. Je reprends les mélodies à la guitare. Pareil pour les mots, j’écris souvent des phrases. Ce sont deux univers que je colle pour voir si ça fonctionne. Les accidents font des choses assez bien. J’espère laisser des failles.

Avant le début de l’interview, tu parlais de ta façon de t’habiller. Sur scène et l’image dans les clips est très travaillé.

Tout en étant simple, je veux rester élégant. J’avais envie d’un style assez simple. On travaillait en noir et blanc au départ. Donc c’était costume et chemise blanche. Je pense que je vais évoluer vers la couleur mais pour le moment c’est en noir et blanc.

#BonusTracks : la Playlist

Nord nous a livré trois titres qu’il écoute actuellement :

Tame Impala – « The Less I Know Better »

Je le trouve superbe ce morceau.


Timber Timbre – « This Low Comotion »

J’écoute beaucoup ce groupe, notamment leur dernier album. Ce morceau est fantastique.

Dark Dark Dark – « Day Dreaming »

C’est de la folk, ça me donne envie de pleurer. Les chansons sont très belles.

Je n’arrive pas à écouter des nouveautés en ce moment. Je n’ai pas encore écouté le nouveau Renaud. On a pourtant deux chansons qui se ressemblent. Moi c’est « Il ne m’est rien arrivé » et lui « Je suis encore debout, je suis encore vivant » (en chantant et en imitant le phrasé de Renaud).

Propos recueillis et photo par Nicolas Dumas.

Ecrit par Nicolas D.

Nicolas est un journaliste qui écrit sur la musique pop, le r'n'b' et la variété française et internationale.